Maria Montessori

Maria Montessori est née à une époque de changements et même de révolutions ! Pas étonnant que sa pensée ait changé tant de choses dans l’éducation. A chaque étape de sa vie, elle a dû se battre, s’imposer et innover. En plus d’être une figure essentielle de la pédagogie, c’est aussi une femme libre et engagée au service des autres. Lire sa biographie, c’est découvrir une personnalité scientifique, politique, et sociologique, dont les recherches et le nom ont conquis des écoles du monde entier.

L’Enfance

Maria Montessori est née en Italie le 31 août 1870. Son père, Alessandro Montessori, est un ancien militaire, issu d’une famille noble et très conservatrice. Il travaille dans la direction financière d’une industrie du tabac, le gouvernement le mute d’usine en usine et toute sa famille doit suivre. La mère de Maria Montessori, Renilde Stoppani est très croyante. Pleine de charme, elle témoigne une grande affection à sa fille, même si l’autorité revient toujours à son père !

En pleine révolution industrielle, Alessandro Montessori a du mal à s’adapter aux mutations du monde. Sa femme, est beaucoup plus réceptive et accueille ses transformations avec enthousiasme, certaine que cela prépare un bel avenir à sa fille unique. Lorsque Maria Montessori a 5 ans, son père est muté à Rome. En mettant fin aux déménagements incessants. Maria grandit alors dans la capitale, et profite totalement de l’effervescence culturelle qui l’entoure.

Maria la Déterminée

Adolescente, Maria Montessori a déjà des idées précises concernant son éducation. Et c’est très tôt qu’elle commence à s’intéresser aux maths. Ses parents souhaitent qu’elle s’oriente vers l’enseignement qui, à leurs yeux, est une belle carrière pour les filles de cette époque, mais avec son caractère bien affirmé, elle refuse catégoriquement. Elle préfère se diriger vers des études d’ingénieur ! Dans les cours auxquels elle assiste, elle est la seule fille. Mais Maria, n’est pas du tout gênée par cette situation. Elle est fascinée par la biologie. D’ailleurs, elle déclare rapidement que sa vocation est d’être médecin, chose qu’aucune femme en Italie n’a encore réalisé. Scandale absolu ! Car à cette époque, les filles sont interdites à l’université de médecine ! Les membres et les amis de la famille sont très choqués et désapprouvent cette décision, en particulier son père qui ne tarde pas à lui interdire ce choix. Finalement, après de nombreuses aventures, elle peut enfin étudier. Cela dit, ses études s’avèrent difficiles car son père conteste fermement sa décision, seule sa mère la soutient et croit en sa réussite. C’est seulement en 1896, lors de son discours de fin d’études, prononcé en présence de son père, qu’en la voyant ovationnée par le public, il reconnait sa fierté d’avoir comme fille la première femme médecin d’Italie.

Ses premières convictions

A la fin de ses études, en 1896, elle est déléguée de l’Italie au Congrès féministe de Berlin. Puis, elle part à Londres dénoncer les conditions de travail des femmes et l’emploi des enfants dans les mines de Sicile. Elle soutient la Reine Victoria qui souhaite organiser un mouvement contre le travail des enfants. Sa sensibilité est déjà en marche… En 1897 et 1898, elle assiste à des cours de pédagogie à l’Université de Rome et lit tout le travail réalisé en éducation et philosophie au cours des deux derniers siècles. Elle s’intéresse en particulier aux études réalisées par deux médecins Français : Jean Itard et Edouard Seguin. Ils se démarquent par leurs travaux sur les enfants présentant des déficits mentaux. Captivée par leurs recherches, elle sait désormais que l’apprentissage est son domaine de prédilection.

Le choc

En s’inspirant des travaux de Jean Itard et Edouard Seguin, Maria Montessori commence à donner des conférences sur la nécessité de proposer une instruction spécifique aux enfants présentant des déficits. Son implication conduit à la création d’une école d’Etat pour les enfants déficients de Rome, dont la direction lui est confiée de 1899 à 1901. Elle prend le temps d’observer et d’analyser la réaction des enfants à l’enseignement qu’elle propose. C’est ainsi qu’elle constate, qu’avec ces méthodes nouvelles et adaptées, des enfants jugés débiles se développent de façon surprenante allant même jusqu’à apprendre à lire et à écrire, et même, pour certains réussir des examens nationaux. Face à ce succès, considéré comme miraculeux par tout le monde autour d’elle, Maria se pose des questions : que se passerait-il si on utilisait ces mêmes méthodes avec des enfants sans handicap ? Comment réagirait les enfants « normaux » s’ils étaient stimulés dans leur développement au lieu d’être étouffés et retenus ? Ce qui allait devenir « la pédagogie Montessori » faisait ses premiers pas.

La casa dei bambini

En 1906, alors âgée de 36 ans, Maria Montessori va vivre un tournant dans sa vie. Un promoteur immobilier décide de construire des bâtiments au sein d’un quartier pauvre de Rome nommé « San Lorenzo ». Dès le départ, son intuition le conduit à ouvrir des « écoles à la maison », car il constate que pendant que les parents travaillent, les plus jeunes enfants sont livrés à eux-mêmes et vandalisent les lieux. Il est alors proposé à Maria Montessori de prendre la direction de ce projet et c’est ainsi que nait la première « Casa dei Bambini », autrement dit la première « Maison des enfants ».

Le matériel

Maria Montessori apporte dans la maison des enfants le matériel qu’elle a créé et qui se base sur celui que Itard et Seguin avaient mis au point. Des jouets offerts par des amis, du papier et des crayons de couleur viennent s’ajouter au panel d’activités proposées. Maria Montessori se rend compte petit à petit à quel point on sous-estime les enfants. Ses découvertes sont extraordinaires et notamment en ce qui concerne le comportement des enfants. Elle constate que l’enfant est doté d’une très grande concentration à partir du moment où il peut choisir de manière spontanée le matériel avec lequel il va travailler. Elle remarque aussi qu’il a besoin de répéter sans cesse le même geste, et en déduit que ce besoin de répétition lui est nécessaire psychiquement, tout comme le besoin d’ordre. Plus ses observations s’affinent, plus elle semble le comprendre. Et c’est véritablement en observant les enfants qu’elle découvre les grands principes de ce qui va devenir sa pédagogie.

La maison s’agrandit

Au fil du temps, les enfants de la « Casa dei Bambini » montrent une discipline étonnante, ils travaillent avec concentration, choisissent le matériel et le rangent après utilisation. Ce sont des êtres libres, indépendants et responsables de leurs actes. Ils restent cependant respectueux de l’autorité. En avril 1907, trois mois après l’ouverture de la première école, une seconde Maison des Enfants s’ouvre dans un autre quartier ouvrier. Des gens du monde entier, enseignants, journalistes, leaders religieux, viennent observer les enfants. Dans les années qui suivent, elle étend l’application de sa méthode aux enfants plus âgés ainsi qu’aux enfants des classes moyennes et aisées.

La consécration

D’une personne peu connue en 1906, Maria Montessori acquière une renommée internationale. En 1908, elle ouvre une Maison des enfants à Milan, la toute première à l’extérieur de Rome. Elle écrit son premier livre en 1909, La pédagogie scientifique qui connaît un succès immédiat et est traduit en vingt langues. Elle démissionne alors de son poste à l’Université et abandonne son cabinet privé. La même année, plus de cent étudiants suivent son cours afin de devenir éducateur. En 1911, le système Montessori est officiellement adopté dans les écoles publiques d’Italie et de Suisse. Des plans gouvernementaux sont établis pour introduire la méthode en Angleterre, deux écoles sont ouvertes à Paris, et il est planifié l’ouverture d’établissements en Inde, en Chine, au Mexique, en Corée, en Argentine et à Hawaï ! Aux Etats-Unis, la première école Montessori ouvre à New York, et la seconde à Boston.

Une vie au service de l’enfant

En 1919, Maria Montessori a quarante-neuf ans. Elle vit à Barcelone mais se déplace sans relâche. Elle effectue son premier voyage officiel à Londres et y anime le septième cours international de formation pour 250 étudiants. Comme partout, elle laisse une grande impression car elle se révèle être le meilleur avocat de l’enfant. Elle pense qu’avec le temps ses découvertes s’étendront au-delà du seul domaine de l’enfance pour atteindre et rendre meilleure la société toute entière. Afin d’être certaine que sa pensée soit bien comprise, elle décide d’écrire beaucoup. En 1922, est fondée une Maison des enfants à Vienne par Anna Freud, la fille du célèbre psychanalyste. Maria Montessori visite l’école en 1923, la même année que paraît L’enfant dans la famille. Plus les années passent, plus elle continue à voyager infatigablement, en donnant des cours en Espagne, en Hollande, en Allemagne, en France et en Australie, tout en supervisant la création de nouvelles écoles. Elle passe l’automne de 1926 en Amérique du Sud où elle livre une série de conférences et, par sa présence, stimule le mouvement montessorien en Argentine. Cette même année, elle fait un discours à la Société des Nations de Genève sur « L’Education et la Paix ». En 1931, le Mahatma Gandhi, leader du mouvement pour l’indépendance de l’Inde, visite les écoles Montessori de Rome. Le désir de transmission de Maria Montessori semble insatiable.

Le Maître est l’enfant

En 1935, est publié son livre L’Enfant. Cet ouvrage sera réédité à de très nombreuses reprises. On y trouve l’essentiel de ses idées qui sont illustrées d’exemples concrets. En 1936, paraissent L’enfant dans la famille et De l’enfant à l’adolescent. De nos jours, ces titres demeurent les plus vendus.

Une femme universelle

En mai 1951, a lieu le neuvième congrès International Montessori organisé par l’AMI à Londres. 150 délégations de 17 pays différents assistent à sa conférence sur le thème de « L’Education en tant qu’aide au développement naturel du psyché de l’enfant de la naissance à l’Université ». Quelques mois avant son 82 ème anniversaire, Maria Montessori est assise dans le jardin de la maison de ses amis à Noordwijk aan Zee, un petit village de la mer du Nord près de La Hague où elle aime venir de temps en temps pour un bref repos. C’est là qu’elle meurt, le 6 mai 1952. Maria Montessori est enterrée dans le petit cimetière de l’église catholique romaine de Noordwijk. Elle avait souhaité être inhumée là où elle mourrait. Une tablette a été déposée plus tard sur la tombe de ses parents à Rome qui dit que « Maria Montessori repose loin de son pays bien-aimé, loin de ses chers parents ici enterrés, selon son souhait qui témoigne de l’universalité de son travail qui l’a faite citoyenne du monde ».

Maria Montessori avec enfants.jpg